Face à la haine transphobe : l’urgence d’une contre-offensive antifasciste

Dans le cadre de la fascisation en cours, la bourgeoisie fait de plus en plus de la transphobie un front idéologique et tactique. La lutte contre la transphobie est donc un impératif antipatriarcal et de classe et une urgence antifasciste, qui doit être prise à la hauteur de l’enjeu par toutes les composantes de la gauche au sens large. Comme chaque année, l’UCL appelle à rejoindre l’ExisTransInter, marche annuelle pour les droits des personnes trans.
L’idéologie fasciste considère la nation comme un corps, menacé par des ennemis intérieurs ou extérieurs, qu’il faudrait purifier par la violence. La défense de la binarité de genre, de la rigidité des catégories homme/femme et du modèle familial patriarcal et hétérosexuel en est un des pilliers importants. Aujourd’hui, cet agenda patriarcal cible tout particulièrement les personnes trans.
Dans une période où la militarisation des sociétés s’accroît et où la bourgeoisie voit dans le fascisme une option de plus en plus réaliste, les mouvements de défense de l’ordre patriarcal ne peuvent qu’avoir le vent en poupe. Partout dans le monde, l’extrême droite fait de la haine anti-trans un argument de propagande puissant. Les paniques morales ciblant chaque manifestation publique de leurs existences constitue pour elle un argument de campagne contre le « virus woke », des toilettes publiques au sport. Le ridicule de ces polémiques ne doit pas conduire à sous-estimer leur dangerosité. Aux Etats-Unis, où Donald Trump a annoncé en mai 2026 l’ajout des “activistes trans” à la catégorie « terroriste », la population trans fait désormais face à un risque génocidaire(1). En Inde, une loi de mars 2026 restreint drastiquement la possibilité pour les personnes trans d’obtenir une reconnaissance à l’état civil, notamment en imposant l’approbation d’une commission médicale. En Russie et en Hongrie, les lois contre la « propagande LGBT » servent à empêcher toute forme d’existence publique des personnes LGBTI, et a fortiori toute aide communautaire, et les changements d’état civil sont prohibés. En Italie, l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite n’a fait qu’empirer l’ambiance politique anti-trans : déjà en 2021, elle avait mené la campagne d’opposition au décret-loi Zan, qui prévoyait une reconnaissance légale des discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.
En France, le lobby transphobe tente de peser de tout son poids, tant sur les politiques publiques que sur les recommandations médicales. Ainsi, la Haute Autorité de Santé a reçu d’importantes pressions de la part de ce lobby avant la sortie de son rapport de 2025, allant jusqu’au harcèlement en ligne de certain·es membres. Pressions partiellement couronnées de succès, puisque le rapport final fait le choix de la lâcheté. S’il s’aligne en partie sur le consensus scientifique en proposant la dépsychiatrisation des parcours de transition et défendant l’accès aux soins, le retrait des recommandations concernant les mineur·es est un échec important pour le droit à l’autodétermination.
La lutte pour les droits des personnes trans ne doit donc pas être uniquement menée par les personnes trans. Si l’ensemble du camp réactionnaire fait de la lutte contre leurs droits une priorité nationale, et si Donald Trump promet que « le transgenre [sic] ne prendra jamais fin » s’il perd les élections, nous devons opposer à ce rouleau compresseur une solidarité de classe et de masse. La marche de l’ExisTransInter est la seule marche massive en France des personnes trans et intersexes. À ce titre, comme nous l’avons fait ces dernières années, nous proposons à toutes les organisations trans qui le souhaitent le soutien matériel de notre organisation à la hauteur des moyens dont nous disposons.
Au-delà des dates annoncées, il est primordial que toutes les organisations du mouvement social se saisissent du sujet à la hauteur de son importance. Il est vital en effet, non seulement de résister aux attaques présentes et futures sur les droits trans, mais de porter une alternative : celle de l’autonomie corporelle. L’abolition de la mention de sexe à l’état civil et le changement de prénom sur demande, le respect du prénom d’usage en toutes circonstance personnelles et professionnelles, la dépsychiatrisation totale des parcours trans, le remboursement intégral par la sécurité sociale de tous les actes médicaux liés à une transition et la défense d’un service public hospitalier doté des moyens nécessaires pour de réaliser ces actes dans des délais et des conditions raisonnables, en sont des étapes importantes.
Cette année, l’ExisTransInter aura lieu pendant un mouvement social de masse, contre les discriminations à l’éducation et le délabrement de l’école et de l’université publiques, qui fait face à une brutalité policière ahurissante. Cette coïncidence est favorable à la construction d’une grande convergence pour des temps de lutte et de mouvement social contre la violence de l’État et du capital, qui incarne une alternatives en actes aux politiques de mort de l’internationale fasciste. Car c’est en agissant ensemble que l’on mettra fin aux rapports de domination.
Tous·tes uni·es pour une contre-offensive trans et intersexe !
(1) « États-Unis : Les personnes trans face au risque génocidaire », Alternative libertaire n°370 (avril 2026).
