Le Rojava face à une attaque générale : mobilisons-nous pour soutenir la Révolution

L’administration autonome du nord-est syrien au Rojava fait face à une menace existentielle. Elle n’occupe plus, à l’heure de ce communiqué, que les cantons de Kobané et d’Hasskye eux-mêmes assiégés. Les territoires libérés de Daech par les forces démocratiques syriennes sont de nouveau sous le contrôle de milices djihadistes affiliées au gouvernement syrien.

Depuis 13 ans, l’administration autonome du nord-est de la Syrie a construit une vraie démocratie des peuples en s’opposant à la division ethnique imposée par le régime de Bachar al-Assad. Cette révolution est aussi et avant tout celle des femmes : leur auto-organisation et leur auto-défense ont apporté de profonds changements dans les sociétés du nord-est syrien.

Cette expérience révolutionnaire fait l’objet d’une guerre de basse intensité depuis plusieurs années menée par l’État Turc, déterminé à détruire l’autonomie et la lutte de libération nationale kurde. Malgré les assassinats par drones des responsables et militant·es, les destructions d’infrastructures vitales et le harcèlement de la population par les milices pro-turques de l’Armée Nationale Syrienne (ANS), la révolution a continué. Prêt a tout pour contrôler la Syrie et détruire ce projet politique qui menace directement ses propres ambitions impérialistes, Erdogan n’a pas hésité à soutenir les groupes djihadiste Syriens dont Hayat Tahrir al-Sham (HTS). HTS est parvenu à prendre le pouvoir en décembre 2024, en renversant le dictateur Bachar Al-Assad. Il forme un gouvernement avec à sa tête Ahmed Al-Sharaa, autrefois connu sous le nom de Abou Mohammed al-Joulani lorsqu’il était chef du front Al-nosra en Syrie affilié à Al-Qaïda.

Aujourd’hui la révolution est plus que jamais en danger à cause du gouvernement formé par HTS. Les tentatives de négociations entre l’administration autonome et ce nouveau gouvernement n’ont pas abouti. Pourquoi ? La première raison est simple. Le projet politique du nouveau gouvernement est l’exact opposé du modèle fédéraliste de l’administration autonome, il souhaite un retour à l’état arabe centralisé par Damas et régi par des lois réactionnaires. La deuxième est celle de l’origine même de ce gouvernement. Il doit tout à la Turquie qui l’a protégé, formé, équipé et continue de l’assister aujourd’hui. Erdogan veut plus que tout se débarasser de l’administration autonome. En parallèle les Etats-Unis oeuvrent, eux aussi, pour contrôler le Moyen-orient en le partageant entre ses alliés : la Turquie et Israël et en s’assurant d’un pays stable avec lequel pouvoir « faire affaire », En décembre, Al-Sharaa a ainsi choisi de signer un accord faisant de très larges concessions à Israël délimitant ainsi clairement les zones d’influences des deux puissances impérialistes régionales en Syrie. Le sud pour Israël et le nord pour la Turquie. Equipé, formé, renseigné, bénificiant d’un appui aérien de la Turquie et l’aval des USA le gouvernement syrien a mené une attaque d’abord contre les quartiers autonomes d’Alep de Sheik Maqsoud et Ashrafiyah puis contre toute l’administration .

Le gouvernement d’Al-sharaa manipule l’information en faisant passer les forces démocratiques pour les agresseurs. Il appartient aux militant·es internationalistes de rétablir la vérité. Les forces démocratiques syriennes ont à plusieurs reprises accepté des accords de cessez-le feu, mais aucun n’a été respecté. Pareillement, Al-Sharaa présente son gouvernement comme facteur de stabilité par la reprise en main des camps de Daech dans le Nord-Est Syrien alors que les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) auraient laissé les prisonniers s’évader. Au contraire, les FDS ont défendu ces camps des milices djihadistes alliées du gouvernement, se mettant ainsi en danger.

L’impérialisme américain, qui souhaite remodeler le monde aux dépends des peuples, n’est pas le seul à agir. Les gouvernements européens soutiennent eux aussi le régime réactionnaire et autoritaire syrien. Il y a deux raisons à cela : faire des affaires avec un pays doté d’un régime stable (c’est-à-dire centralisé), et expulser le plus vite possible les exilé·es syrien·nes réfugié·es en Europe. L’union européenne a ainsi injecté plus de 600 millions d’euros alors même que le nouvel état syrien et ses milices se rendaient coupables de féminicides en masse, de nettoyages ethniques contre les druzes et les alouites et contre les kurdes à Alep. Nous l’avons vu en Palestine, le Moyen-Orient est un terrain de jeu pour les puissances occidentales qui agissent selon leurs propres intérêts. Seule la pression des peuples comme en 2019 sera capable de rompre la complicité qui permet cette guerre et ces massacres. En ces temps troublés, le peuple kurde nous donne une fois encore une leçon de courage dans sa mobilisation. L’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (AANES), a appelé à la mobilisation générale, la population est déterminée à résister et les kurdes se rassemblent aux frontières du Rojava comme au Bakur (Kurdistan turque) où l’armée turque tire à balle réelle pour empêcher des milliers de personnes de passer la frontière et prêter main forte à leurs soeurs et frère du Rojava. Dans ce moment décisif la mobilisation internationale des peuples est cruciale. A nous d’agir et d’exiger justice et réparation pour tous les crimes commis par l’État turc d’Erdogan et par le gouvernement syrien. Pour le droit à l’autoadministration et à l’autodéfense des peuples et des femmes de Syrie. ! En France luttons pour que les entreprises d’armement comme Thalès cessent de fournir des armes à la Turquie, la seconde force militaire après les USA au nord de la Syrie Nous appelons à se mobiliser partout pour faire triompher la révolution des peuples et des femmes en Syrie et au Kurdistan !

Berxwedan jiyane

Jin Jyane Azadi